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Le nouveau Champion de France 2001, 1ère série de Tennis Handisport, Mickaël Jérémiasz , 20 ans, accorde une interview exclusive pour ImagerieduSport.

Mickaël sacré Champion de France 1ere série,Tennis handisport ,Novembre 2001 à Hem


 

 

Mickaël à l'entrainement

 

 

 

IDS : Avant cet accident malheureux, tu étais déjà un sportif accompli, puisque tu étais classé 5/6. Peux-tu nous rappeler brièvement les circonstances de l'accident et le chemin parcouru depuis ?

MJ : Mon accident est relativement récent, puisqu'il date du 7 février 2000 ; en effet, je me suis fracturé la 12ème vertèbre dorsale et les 2 fémurs au cours d'un saut à ski raté et mal réceptionné. La fracture de D12 a malheureusement était responsable d'une paraplégie complète d'emblée par atteinte médullaire, malgré une intervention chirurgicale précoce en Suisse et une ré-intervention réalisée à Paris quelques jours après. Les fractures des fémurs ont heureusement consolidé sans séquelle ; ont suivi près de 13 mois de rééducation à Coubert. En effet avant mon accident, j'étais classé 5/6 au tennis et je pratiquais très régulièrement ski, natation et footing ; cet entraînement et ces capacités physiques ont été pour beaucoup dans ma progression rapide dans le tennis handisport.

IDS : A partir de quel moment as-tu décidé de te mettre à la compétition ?

MJ : Au cours de ma rééducation à Coubert, les programmes d'entraînement comportaient essentiellement de la musculation, de la natation mais aussi du ping pong, lequel était en quelque sorte mes premières " retrouvailles " avec une raquette et une balle. La rencontre avec Pierre FUSADE, Directeur Technique National de Tennis Handisport au cours de la coupe du monde en juillet 2000, fut déterminante pour moi, alors que je n'étais qu'un simple spectateur. Ma famille, soutien de tous ces moments, m'a également encouragé dans cette décision.

IDS : C'est donc après cette rencontre que tu as décidé d'embrasser une carrière professionnelle. Peux-tu nous décrire brièvement quelles sont les contraintes de tes entraînements ,as-tu un suivi médical spécifique ?

MJ : Je privilégie les exercices de musculation des membres supérieurs et du tronc ainsi que des abdominaux (puisque j'ai la "chance" d'être un paraplégique bas) en pratiquant le " roolling en chaise" équivalent au footing ; aux membres inférieurs, seuls mes quadriceps sont travaillés car les ischio- jambiers, les fessiers et les mollets ont perdu leur motricité. Ces exercices alternent avec mes études que je poursuis actuellement en deuxième année de langues appliquées au Commerce à la faculté de Créteil. Mon emploi du temps est ainsi bien chargé. Le suivi médical n'est pas contraignant et ne comporte que des contrôles urinaires réguliers ; mais surtout ce qui est fondamental pour tout paraplégique, et encore plus pour moi qui pratique le tennis assis, c'est la prévention des escarres aux points d'appui fessiers, le moindre début d'escarre peut compromettre une compétition, voire une partie de la saison.

IDS : L'argent est-il présent dans le handisport ? Les sponsors s'investissent-ils autant qu'ils le devraient dans le handisport ?

MJ : Le handisport manque cruellement de moyens : par exemple le budget de la section tennis a été pour cette année de 200 000 francs, alors qu'il faut déjà près de 80 000 francs par sportif et par an pour lui assurer son entraînement tout au long de l'année. La FFH (Fédération française d'Handisport) fait vraiment figure de parent pauvre par rapport à la Fédération Française de Tennis qui elle est largement bénéficiaire chaque année. Les passerelles entre ces deux entités sont extrêmement étroites et peu nombreuses ; à propos, la différence faite entre ces deux entités FFT et FFH est une exception bien française, ce qui n'existe pas dans d'autres pays d'Europe. Si seulement 1 franc (soit 0,15 euro) était reversé à la FFH à chaque inscription à la FFT, les choses seraient bien différentes…

IDS : Quelles sont, selon toi, les orientations qu'il faudrait prendre pour assurer la promotion du handisport ?

MJ : Avant tout, faire savoir qu'handicap et sport ne sont absolument pas incompatibles ; cela passe par une obligatoire médiatisation de certains évènements " handisportifs ". Je conseillerai à tout le monde d'aller voir un match de basket d'handicapés où les qualités d'adresse, de vélocité, d'anticipation et d'intelligence sont égales à celles d'un match" normal". D'autre part, cela passe également par une éducation des gens et dans la connaissance et le respect de l'Autre.

IDS : Mickaël est-ce que la pratique d'un sport de haut niveau, comme tu le fais depuis octobre 2000, peut modifier le regard des autres sur les handicapés ?

MJ : Certainement, la pratique du sport et encore plus de haut niveau, surtout si elle est médiatisée, peut servir de réducteur de différences entre les handicapés et les autres ; par exemple en organisant des tournois exhibitions entre handicapés et non handicapés. Au même titre que d'adapter les bus et le métro aux handicapés ; ces mesures font partie des moyens d'intégration et de la reconnaissance des handicapés dans la cité.

IDS : Le dopage existe-t'il dans l'Handisport ?

MJ : Incontestablement il existe ; toutefois, il faut savoir que les listes de médicaments interdits sont beaucoup moins restrictives du fait des multiples pathologies inhérentes aux handicaps. Par exemple les anti-inflammatoires sont tolérés ; certains antalgiques sont permis pour contrôler les douleurs intenses, telles que celles provoquées par l'amputation d'un membre (comme les douleurs du membre fantôme).

IDS : Penses-tu que l'esprit de compétition est plus développé chez les handicapés ?

MJ : Selon moi, l'handicapé aborde une compétition avec autant d'esprit de " gagne ". En ce qui me concerne, j'ai l'impression que je repousse plus loin mes limites qu'auparavant, que le défi est plus important

IDS : Honnêtement, en 20 ans de tennis handisport, on n'avait jamais vu ça ! Déjà sacré champion de France 1ère série à Hem le mois dernier et classé 30ème mondial après seulement 8 tournois joués cette saison, quels sont tes prochains objectifs ?

MJ : Cette année sera bien chargée puisque le circuit m'emmènera d'abord en Floride, en Californie puis en Alabama où des compétitions sont organisées et je pourrai ainsi me mesurer aux meilleurs mondiaux ; des tournois sont aussi prévus en Belgique et en Hollande avec comme échéance la Coupe du Monde en Croatie en septembre 2002 et bien entendu les Jeux Para-Olympiques à Athènes en 2004 où j'espère bien occuper la place d'honneur !!!

Interview réalisée par J.MANI Décembre 2001

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