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IDS
: Avant cet accident malheureux, tu étais déjà un sportif
accompli, puisque tu étais classé 5/6. Peux-tu nous rappeler
brièvement les circonstances de l'accident et le chemin
parcouru depuis ?
MJ : Mon accident est relativement récent,
puisqu'il date du 7 février 2000 ; en effet, je me suis
fracturé la 12ème vertèbre dorsale et les 2 fémurs au cours
d'un saut à ski raté et mal réceptionné. La fracture
de D12 a malheureusement était responsable d'une paraplégie
complète d'emblée par atteinte médullaire, malgré une intervention
chirurgicale précoce en Suisse et une ré-intervention réalisée
à Paris quelques jours après. Les fractures des fémurs ont
heureusement consolidé sans séquelle ; ont suivi près de
13 mois de rééducation à Coubert. En effet avant mon accident,
j'étais classé 5/6 au tennis et je pratiquais très régulièrement
ski, natation et footing ; cet entraînement et ces capacités
physiques ont été pour beaucoup dans ma progression rapide
dans le tennis handisport.
IDS : A partir
de quel moment as-tu décidé de te mettre à la compétition
?
MJ : Au cours de ma rééducation à Coubert,
les programmes d'entraînement comportaient essentiellement
de la musculation, de la natation mais aussi du ping pong,
lequel était en quelque sorte mes premières " retrouvailles
" avec une raquette et une balle. La rencontre avec Pierre
FUSADE, Directeur Technique National de Tennis Handisport
au cours de la coupe du monde en juillet 2000, fut déterminante
pour moi, alors que je n'étais qu'un simple spectateur.
Ma famille, soutien de tous ces moments, m'a également
encouragé dans cette décision.
IDS : C'est
donc après cette rencontre que tu as décidé d'embrasser
une carrière professionnelle. Peux-tu nous décrire brièvement
quelles sont les contraintes de tes entraînements ,as-tu
un suivi médical spécifique ?
MJ : Je privilégie les exercices de musculation
des membres supérieurs et du tronc ainsi que des abdominaux
(puisque j'ai la "chance" d'être un paraplégique
bas) en pratiquant le " roolling en chaise" équivalent au
footing ; aux membres inférieurs, seuls mes quadriceps sont
travaillés car les ischio- jambiers, les fessiers et les
mollets ont perdu leur motricité. Ces exercices alternent
avec mes études que je poursuis actuellement en deuxième
année de langues appliquées au Commerce à la faculté de
Créteil. Mon emploi du temps est ainsi bien chargé. Le suivi
médical n'est pas contraignant et ne comporte que des contrôles
urinaires réguliers ; mais surtout ce qui est fondamental
pour tout paraplégique, et encore plus pour moi qui pratique
le tennis assis, c'est la prévention des escarres aux points
d'appui fessiers, le moindre début d'escarre peut compromettre
une compétition, voire une partie de la saison.
IDS : L'argent
est-il présent dans le handisport ? Les sponsors s'investissent-ils
autant qu'ils le devraient dans le handisport ?
MJ : Le handisport manque cruellement de
moyens : par exemple le budget de la section tennis a été
pour cette année de 200 000 francs, alors qu'il faut déjà
près de 80 000 francs par sportif et par an pour lui assurer
son entraînement tout au long de l'année. La FFH (Fédération
française d'Handisport) fait vraiment figure de parent pauvre
par rapport à la Fédération Française de Tennis qui elle
est largement bénéficiaire chaque année. Les passerelles
entre ces deux entités sont extrêmement étroites et peu
nombreuses ; à propos, la différence faite entre ces deux
entités FFT et FFH est une exception bien française, ce
qui n'existe pas dans d'autres pays d'Europe. Si seulement
1 franc (soit 0,15 euro) était reversé à la FFH à chaque
inscription à la FFT, les choses seraient bien différentes…
IDS : Quelles sont,
selon toi, les orientations qu'il faudrait prendre pour
assurer la promotion du handisport ?
MJ : Avant tout, faire savoir qu'handicap
et sport ne sont absolument pas incompatibles ; cela passe
par une obligatoire médiatisation de certains évènements
" handisportifs ". Je conseillerai à tout le monde d'aller
voir un match de basket d'handicapés où les qualités d'adresse,
de vélocité, d'anticipation et d'intelligence sont égales
à celles d'un match" normal". D'autre part, cela
passe également par une éducation des gens et dans la connaissance
et le respect de l'Autre.
IDS : Mickaël
est-ce que la pratique d'un sport de haut niveau, comme
tu le fais depuis octobre 2000, peut modifier le regard
des autres sur les handicapés ?
MJ : Certainement, la pratique du sport
et encore plus de haut niveau, surtout si elle est médiatisée,
peut servir de réducteur de différences entre les handicapés
et les autres ; par exemple en organisant des tournois exhibitions
entre handicapés et non handicapés. Au même titre que d'adapter
les bus et le métro aux handicapés ; ces mesures font partie
des moyens d'intégration et de la reconnaissance des handicapés
dans la cité.
IDS : Le dopage existe-t'il
dans l'Handisport ?
MJ : Incontestablement il existe ; toutefois,
il faut savoir que les listes de médicaments interdits sont
beaucoup moins restrictives du fait des multiples pathologies
inhérentes aux handicaps. Par exemple les anti-inflammatoires
sont tolérés ; certains antalgiques sont permis pour contrôler
les douleurs intenses, telles que celles provoquées par
l'amputation d'un membre (comme les douleurs du membre fantôme).
IDS : Penses-tu que
l'esprit de compétition est plus développé chez les handicapés
?
MJ : Selon moi, l'handicapé aborde une compétition
avec autant d'esprit de " gagne ". En ce qui me concerne,
j'ai l'impression que je repousse plus loin mes limites
qu'auparavant, que le défi est plus important
IDS : Honnêtement,
en 20 ans de tennis handisport, on n'avait jamais vu ça
! Déjà sacré champion de France 1ère série à Hem le mois
dernier et classé 30ème mondial après seulement 8 tournois
joués cette saison, quels sont tes prochains objectifs ?
MJ : Cette année sera bien chargée puisque
le circuit m'emmènera d'abord en Floride, en Californie
puis en Alabama où des compétitions sont organisées et je
pourrai ainsi me mesurer aux meilleurs mondiaux ; des tournois
sont aussi prévus en Belgique et en Hollande avec comme
échéance la Coupe du Monde en Croatie en septembre 2002
et bien entendu les Jeux Para-Olympiques à Athènes en 2004
où j'espère bien occuper la place d'honneur !!!
Interview réalisée
par J.MANI Décembre 2001
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