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Dr M. Binder

Pédiatre

Médecine du Sport de l'Enfant et de l'Adolescent


 

 

 

 

 

 

L'ENFANT et le SPORT

Le surentraînement

L' Avis du Spécialiste

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V. Le Surentraînement

Il est défini comme l'effort dont l'intensité, le rythme, la durée sont tels que les possibilités physiologiques (physiques et psychiques) d'adaptation et de réaction de l'organisme sont dépassées et que l'équilibre général de l'enfant est rompu.

Cette notion d'équilibre est capitale: tel enfant peut pratiquer 4 heures de sport extra-scolaire par semaine et être surmené, tel autre peut pratiquer 25 heures par semaine et ne pas être en situation de surentraînement, c'est-à-dire ne présenter aucun signe de déséquilibre.

Les effets du surentraînement sont, au plan médical, essentiellement de 3 ordres:

- statural,

- microtraumatique chronique,

- ou cardio-pulmonaire

1. Croissance staturale.

La pratique intensive de certains sports tels que la gymnastique aux agrès, le patinage artistique, la danse mais aussi le tennis peut retentir momentanément sur la croissance, en montrant une diminution de la vitesse de croissance, un retard statural (pouvant atteindre -2 à -3 DS) associés dans tous les cas à un retard de maturation osseuse (de plus de 2 ans sur l'âge réel)et donc d'un retard pubertaire.

Le bilan hormonal, qui doit être systématique devant un retard statural de plus de 2 déviations standards, avec double épreuve de stimulation de la sécrétion de l'hormone de croissance, est normal. L'arrêt du sport entraîne un rattrapage avec augmentation de la vitesse de croissance. Mais, même si le sport est maintenu au même niveau, ces jeunes sportifs atteignent, avec un retard correspondant à leur retard d'âge osseux, la taille qu'ils auraient eu s'ils n'avaient pas fait de sport. Il s'agit, dans ces cas, d'un retard simple mais provoqué de la croissance et de la puberté. Il ne nécessite aucun traitement. Par contre, une évaluation semestrielle de la taille et de l'âge osseux s'impose pour dépister une éventuelle dissociation entre une taille qui stagnerait et l'âge osseux qui s'accélérerait, situation péjorative pour la taille adulte.

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2. Microtraumatismes chroniques

L'enfant est un mosaïque de cartilages de croissance, la pathologie traumatique l'enfant sportif sera donc une pathologie du cartilage de croissance épiphysaires dans les accidents aigus: décollement épiphysaire (là où l'adulte sera victime d'une entorse) et du cartilage apophysaire, lieu d'insertion du tendon musculaire, dans les sursollicitations chroniques (ostéochondrose de la tubérosité tibiale antérieure ou de l'apophyse calcanéenne postérieure), là où l'adulte aurait eu une tendinite.

Le décollement épiphysaire (Salter I) et la fracture du cartilage de croissance (Salter II à V) se consolident après 3 semaines d'immobilisation stricte. Le risque est l'épiphysiodèse (soudure prématurée du cartilage), à l'origine de dysharmonei de croissance osseuse.

Les ostéochondroses représentent 80% des microtraumatismes chroniques de l'enfant, conséquences d'efforts excessifs:

  • en tractions sur la cartilage apophysaire (noyau d'ossification secondaire ou surnuméraire accessoire, non articulaire, recevant une insertion tendineuse) réalisant une apophysose de croissance. Les ostéochondroses apophysaires sont à l'enfant ce que sont les tendinites à l'adulte.
  • ou en compressions exercées sur le cartilage enchondral articulaire (ostéochondroses articulaires)

L'ostéochondrose est une affection bénigne de l'enfant et l'adolescent actif (le garçon plus que la fille, entre 7 et 16 ans) qui pratique le sport de façon intensive. La cause en est la sursollicitation, source de douleurs et d'impotence, surtout du membre inférieur (appels et réceptions de sauts, sprints, shoots, changements brutaux de direction en foot-ball, hand-ball, basket-ball, tennis, patinage, skate-board, roller etc.), moins souvent du membre supérieur (gymnastique sportive, du tennis et des sports de lancer).

Les symptômes apparaissant au cours ou au décours de l'effort et améliorés par le repos. La palpation du noyau d'ossification atteint, est douloureuse, parfois siège d'une tuméfaction. La contraction contrariée et l'étirement forcé du muscle qui s'y insère, retrouve une douleur, bien reconnue par l'enfant comme étant celle qui la gène. Il n'y a pas d'épanchement de l'articulation adjacente. Si les signes cliniques soient suffisamment caractéristiques, le diagnostic radiologique est peu spécifique: aspect morcelé, fragmenté et irrégulier du noyau qui s'hypertrophie, voire véritable décollement apophysaire dans les formes aiguës, images lacunaires ou variantes de la normale telles que noyaux accessoires, fragmentation, irrégularités de densité et de contours). Un bilan radiologique s'imposera, dans tous les cas, pour éliminer une tumeur osseuse, une ostéomyélite ou un rhumatisme inflammatoire, que complétera un bilan biologique, qui reste normal (NFS,VS). C'est, en fait, la clinique qui donne à la radiographie son caractère pathologique.

Leur survenue est favorisée par une surcharge pondérale ou une grande taille, une pratique intensive précoce, une répétitivité du geste, un entraînement exclusif en résistance, un défaut d'échauffements, un geste technique mal adapté, mais aussi une raquette trop tendue, trop longue, trop lourde en tête, des chaussures inadaptées, des courses et sauts sur sol dur.

Les plus fréquentes des apophysoses sont l'ostéochondrose tibiale antérieure au point d'insertion du tendon rotulien (la maladie d'Osgood-Schlatter) et l'ostéochondrose calcanéenne postérieure, au point d'attache du tendon d'Achille (maladie de Sever). Mais il peut s'agir aussi de l'épine iliaque antéro-supérieure, de la tubérosité ischiatique, de la pointe de la rotule, des noyaux épicondyliens ou épitrochléens du coude. Il peut s'agir des noyaux d'ossification accessoire: scaphoïde tarsien accessoire, d'un os vésalien à la base du 5ème métatarsien, des sésamoïdes de la tête du 1er métatarsien.

Parmi les localisations des ostéochrondroses articulaires, citons les condyles des genoux, les facettes rotuliennes, l'astragale, le scaphoïde tarsien, la tête du 2ème métatarsien, le condyle huméral

La maladie de Scheuerman ou épiphysose vertébrale de croissance se révèle parfois par des douleurs dorsales ou dorso-lombaires apparaissant au cours ou au décours d'un effort ou en position statique prolongée. Ailleurs, elle se révèle par sa complication, une cyphose rigide.. La radiographie confirme le diagnostic et apprécie l'évolutivité des lésions: simple condensation ou aspect irrégulier ou feuilleté des plateaux vertébraux, encoches (corpuscules de Schmörl) plus ou moins profondes d'hernies intra-spongieuses, cunéiformisation antérieure des corps vertébraux expliquant la cyphose, dont il faudra craindre une aggravation en période de croissance rapide du dos.

Le traitement est simple à formuler, plus difficile à réaliser en pratique: pas de contre-indication formelle à la pratique du sport chez l'enfant. Il repose sur l'exécution du geste sous le seuil de douleur. Le repos sportif est parfois nécessaire, mais il doit être justifié et modulé. Il ne sert à rien d'interdire à un enfant la pratique du sport s'il continue à monter rapidement les escaliers, à jouer au foot-ball en récréation ou à faire du roller avec ses camarades ou à porter une cartable trop lourd. Le traitement passe, donc, par une information des professeurs d'EPS, des entraîneurs, des parents mais surtout des enfants.

L'immobilisation plâtrée n'est justifiée que dans les formes hyperalgiques, pendant 2 à 3 semaines.

La chirurgie ne s'adresse qu'à certaines complications ou séquelles (arrachements avec importants diastasis, exérèse d'un os surnuméraire). L'évolutivité d'une cyphose peut conduire au port d'une orthèse.

Le traitement reposera donc sur:

- la gestion, par l'enfant, de la douleur: savoir la reconnaître en lui apprenant à "s'écouter", savoir et pouvoir l'exprimer, si l'entourage est réceptif, savoir la comprendre, si la cause lui est expliquée de façon logique par des mots simples, savoir la respecter en arrêtant le geste dès l'apparition de la douleur.

- une correction du type d'entraînement, du geste technique, une modification du matériel, une bonne qualité de la préparation à l'effort, une progressivité de l'entraînement, un échauffement satisfaisant.

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3. Cardio-respiratoire

Le surentraînement se manifeste par une tachycardie basale, une augmentation de la TA, une mauvaise adaptation et récupération à l'effort au test de Ruffier (après 30 flexions en 40 secondes la FC doit être inférieure à 130, le rythme de base doit être récupéré 1 minutes après l'arrêt de l'effort)

L'ECG peut montrer une augmentation de l'amplitude de l'onde P, un raccourcissement de PR, une augmentation d'amplitude de T en V1, V2 ou un T aplati en V5-V6, une déviation axiale gauche, un bloc de branche gauche, des extrasystoles ne disparaissant par à l'effort. En cas de doute ou d'anomalie un test d'effort sur cycloergomètre ou tapis roulant est indiqué.

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Docteur Michel Binder
Centre Medico-Chirurgical Paris V
36 Bd Saint Marcel 75005 Paris

Pédiatre
Médecine du Sport de l'Enfant et de l'Adolescent
Médecin Fédéral National Adjoint de la Fédération Française de Gymnastique
Expert près de la Commission Médicale de la Fédération Internationale de Gymnastique
Médecin Fédéral de la Fédération Française d'Etude et de Sport Sous-Marins

Pour contacter directement le Dr M. Binder, cliquez ici

Paris, le 11 Septembre 2000

 

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