Les enfants représentent presque la moitié des licenciés
sportifs en France. Quelle part les activités physiques et sportives
ont-elles dans le développement de l'enfant ?
Pour répondre
à cette question qui hante la plupart des parents, il faut d'ores et déjà
faire le distinguo entre une pratique sportive modérée
(inférieure à 10 heures par semaine) et une pratique intensive dite
de Haut Niveau (supérieure à 15 heures par semaine) qui ne
concerne qu'une fraction infime de la population des enfants. I)
Conséquences hormonales et physiologiques de la pratique du sport Dans
la population pratiquant une activité sportive de façon modérée
on peut considérer que le sport participe au développement
physique, pubertaire et à l'équilibre affectif et psychologique
de l'enfant. Il existe en effet, une stimulation hormonale,
notamment de l'hormone de croissance à l'effort bénéfique
à l'organisme en croissance. Ainsi, a été mis en évidence
la libération de l'hormone de croissance à l'effort et son rôle
anabolisant sur les muscles squelettiques. Dans des conditions normales de
pratique, il n'existe pas de retentissement négatif
sur la taille définitive de l'enfant. De même,
il n'est pas constaté de retentissement négatif sur le développement
pubertaire chez les petits enfants. Le sport permet d'obtenir une
maturité psychologique
et psychomotrice de façon plus rapide, en ce qui concerne l'appréhension
des efforts, le pouvoir de concentration, la connaissance de son corps et le développement
de l'adresse notamment. Il semble donc que le sport pratiqué de façon
modéré soit bénéfique pour les enfants tant sur le
plan physique, qu'intellectuel ou psychologique. Ceci n'est pas forcement
le cas lorsqu'on aborde le sport de Haut Niveau
où la perception de la pratique sportive est bien
souvent celle de l'entourage familial et de l'encadrement sportif plus que le
plaisir et le jeu de l'enfant. Les enfants se retrouvent dans des
structures à fabriquer des champions. Dans ces conditions, il n'est pas
rare d'observer des perturbations à type de ralentissement de
la vitesse de croissance avec un retard de la maturation osseuse et un décalage
du développement pubertaire notamment chez les jeunes filles. On
observe parallèlement une recrudescence des accidents de type traumatologique
avec une prédilection au niveau des noyaux de croissance (ostéochondrite).
Enfin, cette pratique intensive peut perturber de façon significative l'équilibre
affectif et psychologique de l'enfant et être une porte d'entrée
à des comportements de dopage. II) Le Dopage Il
existe différentes définitions du dopage selon que l'on se place
d' un point de vue légal médical ou éthique. La définition
légale, c'est l'utilisation de substances ou de procéder
interdites qui modifient la performance. D'un point de vue médical,
c'est le détournement d'usage de médicaments ou d'autres substances
(et de procéder). D'un point de vue éthique,
c'est tout simplement une tricherie. Actuellement, aucun
sport n'est à l'abri du Dopage même si l'on considère
que certains sont plus particulièrement concernés. Il existe bien
évidemment des facteurs favorisant les pratiques dopantes qui sont diverses
et variées ( enjeu financier, exploitation professionnelle ou médiatique
ou surcharge d'entraînement, auto médications …...). Mais les
motifs du Dopage retrouvés chez l'enfant sportif sont essentiellement
la pression familiale ou de l'encadrement sportif ou à
l'inverse le désintéressement familial. On y retrouve très
souvent un détournement de la notion du sens du sport vers la victoire
coûte que coûte, vers "la gagne". Cela se traduit très
souvent par l'instauration d'un phénomène de surentraînement
favorisé par la mauvaise structuration de l'encadrement sportif, une récupération
insuffisante, des sollicitations physiques et psychologiques inadaptées,
une mauvaise hygiène de vie ( manque de sommeil, alimentation déséquilibrée…).
Le sur-entraînement se traduit par des symptômes
sur l'organisme. L'effet global étant caractérisé
par la baisse des performances. Les effets psychiques par une fatigue généralisée,
une irritabilité, une déprime pouvant aller jusqu'à la dépression.
Les effets somatiques principaux chez l'enfant : squelettique et musculaire
( fracture de fatigue, épiphysite de croissance), immunitaire (
baisse des défenses immunitaire avec infections ORL), biologique et
hormonaux (anémie, ralentissement de la croissance …). Les
conséquences sur la santé des enfants du Dopage sont diverses en
fonction des caractéristiques des substances utilisées. On
a pour habitude de classer ses différentes substances par catégorie
( les stimulants, les narcotiques (cannabis, cocaïne, héroïne…),
la testostérone et les stéroïdes anabolisants, les diurétiques
et les produits masquants, les anesthésies locaux, les corticoïdes,
les bêta-bloquants, les hormones peptidiques et analogues (EPO,hormones
de croissance…). Le Dopage chez l'enfant concerne essentiellement trois catégories
de substances : les stimulants, les narcotiques et les stéroïdes anabolisants.
- Dans le cadre des stimulants, les effets qui sont
recherchés son essentiellement l'accroissement de la concentration et de
l'attention, la réduction de sensation de fatigue, et l'augmentation de
l'agressivité. Les effets secondaires se caractérisent par des troubles
du système cardio-vasculaire, du système neurologique et psychiatrique
(agressivité, nervosité, épuisement).
- Les principaux
effets recherchés pour les narcotiques restent l'analgésie
majeure ( suppression de la douleur). Les effets secondaires des narcotiques sont
les risques de dépressions respiratoires, d'accoutumance, de dépendance
et une diminution de la concentration de la capacité de coordination.
- Les
effets recherchés par l'utilisation des stéroïdes anabolisants
sont essentiellement l'augmentation de la masse musculaire, la stimulation de
l'agressivité, et l'augmentation de la VO2 max ( capacité et l'endurance).
Les effets secondaires des stéroïdes anabolisants peuvent être
dramatique avec une stérilité, le cancer du foi, les ruptures tendineuses,
l'infarctus du myocarde, les troubles de la libido, les troubles psychiques (
agressivité, excès de colère, rage incontrôlée
…)
Il existe une vulnérabilité individuelle et un âge
critique pouvant conduire à un comportement de dopage. Cette inégalité
devant la vulnérabilité peut-être comparée à
des comportements de toxicomanie. On remarquera
à ce sujet que, parmi les usagers chroniques de drogues, on rencontre un
nombre notable de sportif de Haut Niveau pour lequel l'héroïne, ou
un autre produit a relégué une pratique sportive qui avait fonctionné
presque comme une première drogue. Les raisons invoquées sont multiples.
D'une part, le sport pratiqué au quotidien, comme une mécanique
répétitive, empêcherait la pensée douloureuse et l'anesthésierait
comme peut le faire l'héroïne. Par ailleurs, le dépassement
des limites provoque chez le sujet la sécrétion d'endorphine, véritable
drogue endogène (secrété par l'organisme). On peut donc penser
qu'il existe probablement un lien entre le Sport, le Dopage et la toxicomanie
et que tous les sportifs ne sont pas égaux vis à vis de ces différents
risques. L'ensemble des caractéristiques d'un individu qui détermine
le choix d'une conduite plutôt qu'une autre dans une situation donnée
caractérise le facteur tempérament. Ainsi, il existe des individus
à forte réactivité qui auraient tendance à préférer
les situations à faible valeur de stimulation et inversement. La notion
de recherche de sensation (selon ZUCKERMAN) s'inscrit dans cette perspective.
On a tendance à rechercher des sensations, des expériences
nouvelles et intenses et dirigées par les besoins d'atteindre et de maintenir
un niveau d'activation élevée. Pour atteindre ce niveau d'activation
élevée, les comportements peuvent être divers et variés
: - désinhibition au moyen de drogues ou d'alcool, - recherche
d'expérience nouvelle, - ou recherche de danger ou d'aventure … Si
on admet que chaque individu est caractérisé par un niveau optimum
d'activation qui lui est personnel et que les moyens pour y parvenir peuvent varier,
on peut comprendre que les candidats aux risques sont aussi des candidats aux
psycho-stimulants, voir au dopage. Par ailleurs, au
travers du sport certains recherchent des stimulations qui peuvent retrouver en
travers de certains produits dopants caractérisés par l'utilisation
de même système de neuro médiateur. Chaque individu
possède sa propre personnalité et un niveau de vulnérabilité
vis à vis des drogues et du dopage. Par ailleurs, l'adolescence est caractérisée
comme une période de vulnérabilité maximale au dopage. Cette
période est caractérisée par des bouleversements esthétiques
et psychologiques en rapport avec des modifications hormonales importantes.
Ce qui peut expliquer l'utilisation au titre de l'esthétique de produit
tels que les anabolisants afin d'améliorer leur apparence physique et leur
masse musculaire. C'est également une période de vulnérabilité
vis à vis des produits narcotiques (cannabis, cocaïne, héroïne…)
compte tenu des troubles psychologiques qui peuvent s'accompagner. Néanmoins,
les différentes études et enquêtes biologiques essentiellement
menées dans les pays anglo-saxons (Etat-Unis et Canada) ne confirment pas
une prévalence d' utilisation de drogues dures ou d'alcool chez les jeunes
sportifs par rapport aux non sportifs. Il est bien établi que l'on retrouve
chez certains jeunes toxicomanes des troubles psychiatriques de façon plus
importante, sans pour autant que l'on puisse affirmer qu'il s'agit d'une prédisposition
ou d'un effet secondaire aux drogues. De la même façon, peut-on
faire le parallèle avec l'utilisation de produits dopants chez les sportifs
et l'existence d'une prédisposition aux troubles psychopathologiques, ou
peut-on attribuer certains de ses troubles à l'utilisation de produits
dopants? On retiendra essentiellement des troubles du comportement alimentaire
de type anorexique retrouvé chez les jeunes gymnastes et les pratiquants
de la course de fond pouvant faire considérer la pratique du sport elle
même comme une forme de dopage. Il semblerait également que les enfants
ayant présenté des troubles de type hyperactivité avec
des trouble de l'attention soit plus vulnérables face aux produits dopants
tout comme aux drogues par la suite. Ces différents éléments
soulignent que certains sportifs sont plus particulièrement vulnérables
face au dopage en dehors même des déterminants sociologiques usuellement
cités. En conclusion, on peut considérer la période
de l'enfance comme étant une période cléf dans la lutte contre
le comportement dopant. Il convient de sensibiliser l'ensemble des acteurs que
constitue les dirigeants (les Clubs jusqu'à la Fédération,
les entraîneurs, l'encadrement médical, le pratiquant sportif, les
sportifs de Haut Niveau et surtout les parents). Les dirigeants
doivent permettre de placer l'être humain au centre de leur préoccupation,
les entraîneurs doivent connaître chaque
sportif et ses limites et ainsi moduler l'entraînement et la récupération
et participer à l'épanouissements du sportif sur le même plan
que l'amélioration de sa technique et de ses performances. L'encadrement
médical, doit veiller à une pratique sportive sans danger.
Les sportifs eux même, doivent apprendre à
connaître et à respecter leur corps. Et enfin, les parents
doivent rechercher au travers du sport, une contribution au bonheur de leurs enfants
et non pas une projection aux travers de leur exploit. On pourrait terminer
en disant, que l'ensemble des acteurs de la société doivent contribuer
à redonner un sens au sport " l'important
n'est pas de participer ou de gagner, l'important est de savoir perdre
". Docteur Hakim CHALABI MOVENTIS - CLINIQUE DE L'APPAREIL
LOCOMOTEUR ET DU SPORT PARIS Médecin du Stade Français CASG
Rugby Pour contacter directement le Dr H. Chalabi, cliquez
ici Paris, le 11 Septembre 2000 Ref
: Santé et Développement de l'enfant et activité
physique et sportive (revue actualité et dossier en santé publique-
dossier 14) - Expertise collective dopage et pratique sportive (CNRS
octobre 1998) retour en haut de
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